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Islamophobie: Fourest et Askolovitch, au service du PS, continuent de se chamailler

Sparring partners. Samedi, le Parti socialiste a invité Caroline Fourest et Claude Askolovitch afin de débattre de l'extrémisme. Les deux journalistes ont sèchement exposé leurs divergences à propos de la lutte contre l'islamophobie. Décryptage.

Pour gagner les prochaines élections municipales et européennes, le PS ne pourra se passer des électeurs musulmans. Il devient, dès lors, urgent de reconquérir le coeur de ces citoyens qui, après avoir voté massivement pour François Hollande, expriment désormais leur défiance à l'encontre du gouvernement socialiste et notamment de sa figure la plus emblématique : Manuel Valls.

Samedi, sous la houlette du premier secrétaire Harlem Desir, le PS a organisé, dans le cadre d'un forum-débat sur « l'extrémisme », une table ronde intitulée « La bataille culturelle pour une République fraternelle ».

Parmi les intervenants, deux se sont distingués par la mise en scène de leur clash: Caroline Fourest et Claude Askolovitch.

 

Ces deux amis de longue date se sont, une nouvelle fois, affrontés sur la question de l'islamophobie. Deux semaines auparavant, les mêmes journalistes étaient interrogés, à ce propos, par Patrick Cohen sur le plateau de France 5 -et en l'absence de tout musulman.

Cette fois-ci, ce fut au tour de David Assouline, sénateur socialiste, de jouer au maître de cérémonie.

Un léger accroc s'est d'ailleurs produit : le sénateur, voulant contredire Claude Askolovitch qui remarquait (à 5'40) qu'il n'y avait pas de musulman (« qui porterait sa religion sur lui ») sur les affiches du PS, a tenté d'affirmer le contraire, précisant qu'il y avait bien un « homme d'origine musulmane » sur l'image accrochée au-dessus de leur estrade (visible à 7'38).

Panamza vous propose de découvrir les 22 minutes du duel Askolovitch/Fourest dans les passages suivants de la vidéo ci-dessous: 0'30-15' puis 33'10-41'10.

Sur le fond, rien de nouveau : Claude Askolovitch continue de porter son nouveau discours muslim-friendly affiché depuis la parution de son dernier livre tandis que Caroline Fourest persiste à contester l'usage du mot "islamophobie". On notera néanmoins qu'elle accuse, pour la première fois, trois organismes conjointement (l'IRIS de Pascal Boniface, le Collectif contre l'islamophobie en France et la Ligue de défense judiciaire des musulmans) d'être financés par le Qatar et/ou de « riches mécènes américains ».

Au-delà de leurs divergences d'approche sur le traitement à tenir face à la stigmatisation des musulmans, il demeure important de garder en mémoire que les deux intervenants ne sont pas simplement des observateurs extérieurs au PS : ce sont des compagnons de route du parti actuellement au pouvoir. En 2011, Claude Askolovitch rappelait, dans un entretien accordé à un média communautaire, que son « père collait des affiches pour Mitterand ». Dix ans auparavant, la publication de son livre consacré au passé trotskyste de Lionel Jospin avait coupé l'herbe sous le pied à l'opposition parlementaire de droite qui songeait à exploiter ce secret à la veille de l'élection présidentielle de 2002. Le 17 janvier, Caroline Fourest était, quant à elle, "élevée au grade de chevalier des arts et des lettres" par son amie Aurélie Filippeti, ministre socialiste de la Culture. Deux ans plus tôt, elle recevait des ovations -de la part des militants du PS- lors d'une convention au cours de laquelle elle mettait en garde contre ces « associations qui demandent des gymnases pour organiser des tournois de basket réservés aux femmes voilées, pour en plus lever des fonds pour le Hamas ».

 

Pour le formuler sommairement : Fourest et Askolovitch roulent pour le PS. Nulle surprise, dès lors, à les voir tacitement conseiller les cadres et militants du parti sur la meilleure stratégie à adopter vis-à-vis d'un enjeu crucial pour remporter les prochaines échéances électorales : la conquête et la consolidation du vote musulman. Tandis que la militante féministe continue de vouloir maintenir son "combat de laïcité" à l'encontre de « l'intégrisme », Askolovitch préfère, quant à lui, encourager le PS à ne pas donner l'impression de raidir sa position de principe sur la question au risque de provoquer du « malheur » dans les coeurs musulmans (comprendre que ces derniers ne pourront plus, in fine, servir de vivier naturel pour gagner les élections).

Et si les deux continuent de s'opposer sur la figure d'Hassen Chalghoumi (brocardé par l'un, encensé par l'autre), ils se rejoignent néanmoins sur le qualificatif d'"extrême droite" employé à propos de Tariq Ramadan. En 2003, Claude Askolovitich avait ainsi parlé d'une « extrême droite souriante » au sujet de l'intellectuel suisse. Hier, dix ans plus tard, ce fut au tour de Caroline Fourest de reprendre et de développer longuement le même anathème contre ceux qu'elle nomme les « enfants de Tariq Ramadan ».

Hicham HAMZA

Addendum 07/10/13:  de même que Caroline Fourest entretient d'excellents rapports avec Manuel Valls (celui-ci l'avait appelé personnellement pour qu'elle contienne les débordements des Femen), Claude Askolovitch est un ami loyal et fidèle du ministre de l'Intérieur. Il n'hésite pas ainsi à tenter de convaincre le citoyen de l'authenticité de l'appartenance à la gauche de Manuel Valls comme l'illustre sa dernière intervention dans l'émission 28 minutes d'Arte.

 

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